Fat acceptance·Militantisme

La représentation sexuelle des femmes grosses

L’autre jour, je regardais cette vidéo sur Youtube, où des femmes grosses déconstruisaient des clichés à propos des gros·ses. A un moment donné de la vidéo (10 minutes), l’une d’entre elle parle d’un sondage qu’elle aurait fait un jour en demandant aux hommes ce qu’ils préféraient au lit, plutôt les femmes minces, ou plutôt les femmes grosses ? Et en comparaison, elle avait posé la question de ce que préférait les hommes en matière de femmes pour s’afficher en public. Pour la première question, selon elle, les résultats étaient plutôt orientés vers les femmes grosses, alors que pour la deuxième, c’était plutôt orienté vers les femmes minces.


Ma curiosité m’a alors menée à poser moi même la question. Ni une, ni deux, je suis allée sur Twitter, et j’ai donc fait un sondage afin de savoir. Je l’ai effectué en trois questions :

  • Pour coucher avec une femme, vous préféreriez :
    • une femme grosse
    • une femme mince
  • Pour avoir un rencard avec une femme, vous préféreriez :
    • une femme grosse
    • une femme mince
  • Et enfin, pour sortir officiellement avec une femme vous préféreriez :
    • une femme grosse
    • une femme mince

J’ai volontairement enlevé l’option « indifférent » puisque je trouve que c’est un choix de facilité et une zone de confort dans laquelle les gens aiment bien se faufiler, donc les résultats peuvent être déjà différents par ce premier facteur.

Ensuite la définition de grosse ou mince peut varier selon la personne qui répond. Certains hommes considèrent qu’une femme entre dans la catégorie « grosse » à partir du moment où elle dépasse la taille 40. Pour moi, je pense qu’on peut considérer qu’une personne entre dans la catégorie « grosse » à partir du moment où elle est au dessus des standards de beauté imposés par la société et surtout à partir du moment où elle est au dessus de la moyenne. 40 % des femmes françaises s’habillent en 44 (source : étude menée par la start-up Clickndress en 2016), donc je pense qu’on peut considérer que quelqu’un est gros, plus ou moins, à partir de la taille 46. Mais j’ajouterais qu’être considérée grosse, c’est aussi un vécu. En effet, les personnes considérées grosses vivent des discriminations dans l’accès aux soins, à l’emploi, aux plaisirs quotidiens, etc. On peut considérer que quelqu’un est gros à partir du moment où cette personne vit des discriminations systémiques liées à son poids. Pour en savoir plus je vous renvoie à l’article Dear skinny people que j’avais écrit en juin 2018. Encore une fois, il s’agit d’une définition personnelle, et celle-ci varie pas mal d’une personne à une autre. Cette variation de la définition de « grosse » peut également faire fluctuer les résultats du sondage.

Pour le sondage, j’ai choisi d’utiliser le mot « grosse » pour définir les femmes au dessus des standards de beauté, toutefois j’aurais pu utiliser également des termes considérés plus corrects par la majorité de la population, des termes qui « choquent » moins, tels que « ronde », « voluptueuse », « enrobée », etc. L’utilisation du mot « grosse » a pu également permettre de faire fluctuer les réponses au sondage.

De plus, la personne de la vidéo ne donne pas le contexte où elle a effectué son sondage, et la vidéo étant belge, on peut présumer qu’elle a principalement eu pour répondants des belges. Ici, le sondage est effectué sur Twitter et est donc accessible à toutes personnes possédant un compte Twitter. Je ne peux également pas m’assurer qu’il y ait uniquement des hommes qui ont répondu. Le sondage est donc biaisé par son contexte. Ce qui aurait pu également être intéressant pour mieux cerner l’auditoire et en tirer des conclusions plus élaborées, ça aurait été de poser des questions sur l’origine socio-économique des répondants. Toutefois, je trouve que Twitter ne se prête pas vraiment à ce genre de questionnaires. Je pense que c’est principalement une plateforme qui peut-être utilisé pour des sondages dédiés au divertissement et non pas dans un but de recherche.


Voilà les différents éléments qui peuvent apporter des clés de compréhension du sondage, mais également qui ont pu faire en sorte que les résultats ne sont pas forcément à 100% fiables. Mais malgré tout, je vais afficher ici les résultats.

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1ère question du sondage
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2ème question du sondage
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3ème question du sondage

Pour ma plus grande surprise toutes les réponses aux sondages  sont plutôt similaires. Entre 29,7% et 34,1% des hommes, dans les trois situations préfèrent être avec une femme grosse, tandis qu’entre 65,9% et 70,3% des hommes, dans les trois situations, préfèrent être avec une femme mince.

Comme disait la femme dans la vidéo dont je vous ai parlée au début de cette article, je m’attendais à avoir plus d’hommes qui préfèrent les femmes grosses dans la première situation. Mais finalement, si on y réfléchit bien, ce n’est pas si étonnant puisque les standards de beauté imposés par la société conditionnent nos jugements et nos goûts. La notion de beau ou de ce qu’on aime dépend beaucoup du contexte sociétal dans lequel on vit. Si j’avais effectué ce sondage à une autre époque, peut-être que les résultats  auraient étés différents.

Malgré tout, j’ai obtenu quelques réponses anonymes un peu plus détaillées, en réponses à ce sondage. Voici les réponses que j’ai jugé les plus intéressantes :

J’ai choisi la réponse « femme mince » pour un rencard pour « l’image » car étant moi même très skinny, je préfère être vu avec une femme aussi, voir plus fine que moi pour pas qu’on remarque encore plus ma maigreur. Et sinon je préfère une relation sérieuse avec une plus grosse car je préfère les formes, quitte à ce qu’elle ait des bourrelets mais s’accepte ainsi et vive comme elle veut sans se priver et pleinement heureuse, plutôt qu’une fine qui pourrait avoir tendance à vouloir contrôler son poids et plus se priver et être moins heureuse.


Je préfère les femmes rondes (grosse comme tu le dis), je les trouve plus jolies, elles ont plus de cachet. Depuis mon plus jeune âge j’ai toujours préféré les rondes. J’ai déjà essayé des relations avec des femmes dans les standards de la société, j’avais pas la même sensation, le même feeling.


J’ai une préférence pour les femmes grosses en général. Visuellement je suis attiré par les courbes, je trouve les sensations plus agréables au toucher (soft ! CUDDLY !), ça me plaît plus. Niveau mecs j’aime bien les bears donc j’imagine qu’il y a une cohérence.


Je voulais répondre au début mais quand j’ai vu les propositions… je t’avoue que je fais pas gaffe au physique, je m’en fous, donc je répondrais aucun des deux. J’accepte comme la personne est physiquement.


En vrai : aucune préférence. Je fonctionne au feeling, si le courant passe bien, qu’elle soit grosse ou mince m’importe peu. Après tant que ce n’est pas dans les extrêmes (anorexique ou vraiment énorme), ça va.


C’est tellement compliqué à répondre. Pour les quelques rencards et relations que j’ai eu cela m’importait peu. Après la notion de mince / grosse est assez personnelle. Perso, une femme avec un peu de ventre, un peu de hanches, je considère ça comme normal alors que d’autres non. Le plus important est de se sentir bien avec la personne et de l’aimer comme elle est.
Et qu’on arrête, en tant que mec, de vouloir que la femme qu’on a en face de nous, pour un simple rencard ou une relation, ressemble aux standards de beauté imposée par la société.


Ce qui ressort finalement de ces réponses un peu plus détaillées, c’est que les femmes grosses (ou « rondes » ou « avec des formes » si on reprend les mots utilisés) seraient plus agréable au niveau des sensations, correspondraient plus à l’image qu’on se fait des « bonnes vivantes ». C’est souvent un cliché qui a la peau dure. La grosseur est souvent associée à la bonne humeur, on peut notamment prendre pour exemple le cliché de la grosse copine rigolote, qui a la peau dure (le cliché, pas la grosse copine rigolote).

Mais je n’écris pas cet article pour démonter et comprendre l’avis de ces messieurs, mais plus pour comprendre la représentation sexuelle que peuvent avoir les femmes grosses. C’est pourquoi, après avoir vu les premiers résultats de ce sondage j’ai voulu en savoir plus, aller plus loin dans l’approfondissement de cette question, les réponses apportées ne me suffisant pas. Puisque d’un côté, j’entends régulièrement que les femmes grosses sont hyper-sexualisées, mais de l’autre elles ne correspondent pas aux critères de beauté actuels et les réponses à ce sondage ne vont pas dans ce sens. Donc qu’en est-il réellement ?

En lisant des essais et des articles, en regardant des témoignages et des documentaires j’ai pu retrouver deux principales figures dans la représentation sexuelle des femmes grosses. D’un côté, nous avons le cliché de la bonne grosse copine rigolote et complètement dénuée de sexualité. Parce qu’elle ne correspond pas aux standards de beauté, ce serait inimaginable qu’elle puisse plaire et avoir une vie sexuelle. Elle est donc cantonnée au rôle d’amie. Et d’un autre côté, paradoxalement, la fille grosse serait prête à tout au niveau sexuel parce que les occasions se feraient rares. Quitte à ne pas faire dans la demie mesure, on passe alors de la grosse fille complètement asexualisée, à la grosse fille hyper-sexualisée, objet de désirs tabous.

Le cliché de la bonne copine asexualisée

La représentation de l’asexualité des gens gros vient du fait que notre société trouve que les corps gros sont répréhensible et blâmables. Dans les médias, les personnages gros sont rarement représentés comme pouvant embrasser, entretenir des relations ou même montrant de l’affection à d’autres personnes. La sexualité des personnes grosses est très peu représentée sur nos écrans, et quand elle l’est, c’est à l’excès, mais nous verrons ceci un peu plus tard.

Dans la plupart des cas, les femmes grosses dans les médias sont des personnages qui sont soit représentées par le biais de la bonne copine grosse et rigolote ou alors la fille grosse qui se bat contre ses complexes ou son poids. Elles ne sont donc pas représentées comme ayant une activité sexuelle.

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Affiche du film Duff

Nous pouvons, en premier lieu, prendre l’exemple du film DUFF. Il s’agit d’un film, dont l’acronyme signifie Designated Ugly Fat Friend (en français, Dodue Utile et Franchement Fade). On comprend dans le film que la DUFF, Bianca Piper, sert de faire valoir dans un groupe de copine. La DUFF permettrait aux autres filles du groupe de paraître plus belle, plus intelligente, mieux habillée, etc. Si on passe déjà outre le fait que le personnage principal n’est absolument pas gros contrairement à ce que pourrait nous laisser penser l’acronyme qui lui est attribué, cette expression insinue bien que la personne qui est désignée DUFF dans un groupe est catégorisée comme grosse, et moins belle (l’utilisation du terme « fade » le laisse penser) et donc forcément moins désirable. On peut même voir à un moment donné dans le film que le garçon qui aide le personnage principal, embrasse cette dernière, et finalement s’excuse en disant « this is practice » (ndlr : signifie en français « c’est un entraînement »). Ce passage montre bien donc que la personne qui est sous entendue grosse par le surnom qui lui est donné, ne peut pas être l’objet de gestes d’affection, et elle est donc, malgré elle, dénuée de toute sexualité.

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Courteney Cox, l’actrice qui joue Monica dans Friends

Prenons un autre exemple : Monica dans la série Friends, jouée par Courteney Cox. Le personnage de Monica, dans sa jeunesse, était gros. Lors de l’épisode 8 de la saison 5, « The One with all the Thanksgiving », elle rencontre pour la première fois Chandler. On remarque aussi, qu’elle est tout de suite attirée par lui, mais que lui ne lui prête aucune attention. A un moment il parle d’elle de façon dédaigneuse en l’appelant « fat sister » auprès de Ross, en disant qu’il ne souhaite pas rester seul avec elle, alors qu’elle a essayé de lui montrer de l’intérêt. Ce ne sont pas  les mots utilisés qui paraissent déplacés mais plutôt la façon dont ils sont utilisés.

De plus, Monica est incapable d’utiliser le vocabulaire adéquat pour parler de sexualité avec Rachel, et souhaite tout savoir des relations sexuelles de Rachel et de son petit-ami. Cette pudeur sous-entend totalement que Monica ne serait pas prête d’avoir des relations sexuelles.

 

Un peu plus tard dans l’épisode, on peut voir que l’année après ces événements, toujours à Thanksgiving, Chandler est de retour dans la famille de Monica. Et celle-ci a maigri. Dès lors que Chandler aperçoit Monica mince, il lui manifeste tout de suite de l’intérêt et une certaine attraction. Ces deux passages nous montre alors clairement, qu’une femme, quand elle est grosse ne pourrait recevoir aucune attraction sexuelle et / ou amoureuse, mais qu’une fois qu’elle est mince, c’est tout le contraire, elle pourrait susciter le désir des autres.

 

Dans un autre épisode, le 15 de la saison 6 (« The One that could have been »), on peut voir les personnages de Rachel et de Monica discuter au Central Perk. L’épisode parle de ce qui aurait pu se passer dans la vie des personnages, à leurs 30 ans, si certains événements n’avaient pas eu lieu. Dans cette épisode Monica est grosse, et on apprend qu’elle est également vierge à 30 ans. En soit, être vierge n’est pas un mal, la virginité est d’ailleurs un concept patriarcal, ce qui fait le plus de mal c’est surtout associer le fait qu’être grosse et être vierge ce sont deux paramètres qui sont forcément en corrélation, puisqu’être grosse aux yeux de notre société c’est ne pas être désirable et donc il serait impensable qu’on puisse avoir des relations sexuelles, et cela à tout âge.

On pourrait penser que la série est maintenant un peu vieille pour porter un tel œil critique dessus, mais Friends fait partie des classiques et des indémodables. Aujourd’hui elle est encore diffusée à la télévision et elle a encore une grande audience. Montrer donc de cette façon les personnes grosses, revient donc à médiatiser, même encore de nos jours, une image biaisée de la sexualité des femmes grosses. Il est essentiel pour les médias de donner une correcte représentation des personnes grosses afin d’atténuer la grossophobie de notre société mais également afin de cesser de partager des clichés qui ont la peau dure.

La grosse fille excessive et prête à tout

La représentation des femmes grosses dans les médias, des personnages excessifs

Les femmes grosses auraient un appétit sexuel plus développé comme elles auraient plus d’appétit que la moyenne. Il y aurait donc une connexion entre l’appétit sexuel et l’appétit pour la nourriture. C’est ce que nous montre généralement les personnages des femmes grosses dans les films et les séries. Cette vision de la femme grosse est assez réductrice puisqu’elle sous-entendrait que les femmes grosses mangent forcément beaucoup et ne prend donc pas en compte les différents TCA (Troubles du Comportement Alimentaire) dont elles pourraient souffrir.

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L’actrice Melissa Mc Carthy

En premier exemple nous pouvons prendre Megan dans le film Bridesmaids (jouée par Melissa McCarthy). Megan est excitée par la nourriture et par les hommes. C’est le personnage le plus ridicule du film. La sexualité de Megan est ambiguë. Au début, nous ne savons pas si elle aime les femmes ou les hommes. Ensuite, pendant le voyage à Los Angeles, elle rencontre Air Marshal John, un homme, et elle lui demande crûment si il veut aller avec elle dans les toilettes de l’avion pour faire des choses. Il refuse, et à ce moment là, elle le bloque avec ses jambes. Plus tard dans le film, nous les voyons filmer leur première rencontre sexuelle. La scène se termine avec Megan qui mange un sandwich tout en simulant du sexe oral. Ça nous montre bien que le personnage de Megan a un aussi gros appétit sexuel qu’elle a un appétit pour la nourriture.

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Le personnage de Megan bloquant avec sa jambe un homme, après lui avoir fait une proposition, dans le film Bridesmaids

On peut faire le lien avec les nombreuses publicités qui sexualisent des femmes en train de manger des sandwichs. On peut voir des femmes, sur ces publicités, qui mangent voracement et avec abandon, et cette représentation peut être considéré comme un turn-on par certaines personnes.

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Exemple de pub pour un burger, sexualisant une femme.

La représentation de la sexualité des femmes grosses dans les médias n’est pas innocente. Montrer qu’elles ont un gros appétit sous-entend également que les grosses femmes ne méritent pas une histoire d’amour conventionnelle. La sexualité et la représentation des histoires d’amour des femmes grosses dans les produits culturels nous montrent que les relations sont moins pures, plus perverties, plus centrées sur le sexe ; ce qui conditionne nos propres représentations et nos propres attentes dans une relation. Et pour quelqu’un qui se cherche des modèles, qui a des insécurités et des complexes, ces représentations donnent donc une image biaisée de ce que peuvent être nos sexualités et amènent à penser que nous ne mériterions que ce modèle parce que nous sommes grosses. Pour appuyer mes propos, je vous joints le témoignage Cher Corps de Juliette, de la chaîne Coucou les girls.

 

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L’actrice Rebel Wilson

Comme deuxième exemple de femme grosse hyper-sexualisée, on peut se tourner vers le personnage de Fat Amy dans Pitch Perfect. Elle est jouée par l’actrice Rebel Wilson. Dans l’audition, mais aussi tout le long du film, Fat Amy en fait toujours trop, un peu comme le personnage de Megan, dont on a parlé un peu plus tôt. Au moment de l’audition pour entrer dans un groupe a capella, Amy danse de façon très suggestive, comme si elle avait une relation sexuelle. Elle touche également sa poitrine, qui est dans l’imaginaire populaire, associée à la sexualité, à des moments totalement inappropriés. A un certain moment du film, Amy se qualifie elle même de « sexy fat ass » (littéralement, gros cul sexy). On pourrait associer ça à de l’empouvoirement (ndlr : derrière ce mot se cache l’idée de gagner en pouvoir, ça désigne la prise de pouvoir par les individus pour eux-même sans attendre de permission extérieure. L’empouvoirement est lié à notre propre capacité émancipatrice.) par la sexualité mais son rôle contribue plus à l’hyper-sexualisation des femmes grosses.

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Fat Amy dansant de façon suggestive pour un concert, dans le film Pitch Perfect

De plus, à la première soirée du film, Bumpers, le leader de l’équipe a capella adverse, n’est pas très gentil avec Amy mais cherche tout de même à la draguer. Il lui dit « Tu es probablement l’humain le plus grossier que j’ai jamais vu », et il finit par ajouter « donc j’ai le sentiment que nous devrions nous embrasser ». Au début, Amy décline sa proposition, mais plus tard dans le film nous pouvons voir que les deux personnages entretiennent une sorte de relation. Ce personnage et la relation qu’il entretient nous montre encore une fois que nous ne méritons pas de meilleur partenaire pour une relation amoureuse ou sexuelle. Ça implique que nos partenaires peuvent être méchants avec nous et que ce n’est pas dramatique parce qu’ils peuvent satisfaire notre appétit sexuel. Dans le second film Pitch Perfect, la relation ambiguë entre Fat Amy et Bumpers continue. A un moment donné, Bumpers souhaite inviter Amy à un rencard et pouvoir lui tenir la main en public. Elle le repousse en lui disant qu’elle est une jument libre qui ne peut pas être dressée ou attachée. Amy est donc représentée comme une femme frivole avec à nouveau, un gros appétit sexuel.

Récemment, j’ai eu également l’occasion de voir le film Célibataire mode d’emploi (ou How to be single en VO) dans lequel Rebel Wilson incarne également un rôle : celui de la meilleure amie du personnage principale. Dans ce film également, son personnage cherche à multiplier à foison ses aventures sexuelles, elle ne souhaite pas d’une relation sérieuse ou régulière et, à la fin de chaque soirée, repart avec un homme différent. On peut notamment prendre l’exemple du matin après la première soirée, Robin et Alice se réveillent chez la sœur d’Alice, Meg.

Robin : A doctor? (MEG SCREAMS) Did I have sex with a doctor? Did we have sex?
VF : Un docteur ? (MEG CRIE) Est-ce que j’ai couché avec un docteur ? Est-ce que nous avons couché ensemble ?

Meg : No.
VF : Non.

Robin : No?
VF : Non ?

Meg : No, we didn’t have sex.
VF : Non, nous n’avons pas couché ensemble.

Robin : I didn’t sleep with anybody?
VF : Est-ce que j’ai couché avec quelqu’un ?

Meg : No, I don’t think so.
VF : Non, je ne pense pas.

[…]

(DOOR OPENS AND CLOSES)
VF : (LA PORTE S’OUVRE ET SE FERME)

Robin : (CHUCKLES) Your roommate seems pretty cool.
VF : (GLOUSSEMENTS) Ta coloc a l’air plutôt cool. 

Alice : Oh, she’s my sister.
VF : Oh, c’est ma soeur.

Robin : Really? Mmm-hmm. Uh, then I think I might have pissed in your sister’s litter box.
VF : Vraiment ? Hmm du coup je pense que j’ai pu pisser dans la litière de ta sœur.

Alice : That’s a Zen garden.
VF : C’est un jardin zen.

Robin : The cat has a Zen garden?
VF : Le chat a un jardin zen ?

Alice : There’s no cat.
VF : Il n’y a pas de chat. 

Random man : (MAN GROANS) Where am I?
VF : (UN HOMME GROGNE) Où suis-je ?

Robin : I knew I had sex in this apartment!
VF : Je savais que j’avais eu des relations sexuelles dans cet appartement !

Script du film Célibataire mode d’emploi

Je n’ai pas de soucis personnel avec la frivolité, chacune entretient la sexualité qu’elle souhaite avoir. Je trouve, cependant, dommage, voire dangereux, de nous offrir toujours les mêmes représentations des femmes grosses au cinéma. Ça contribue à renforcer les clichés déjà existants et qui font des femmes grosses, des objets de désirs tabous.

La femme grosse, objet de désirs tabous

Andrea Elizabeth Shaw a dit en 2006 dans The Embodiment of disobedience : Fat Black Women’s Unruly Political Bodies : « the fat female body has become fetishized as a cultural marker for carnal desire ». En voici une traduction approximative : « le corps gros des femmes est devenu fétichisé comme un marqueur de désir charnel ». Le corps gros est un objet de désirs. Je peux appuyer mon affirmation sur le fait qu’il existe une catégorie pornographique dédiée uniquement aux femmes grosses. Il s’agit de la catégorie BBW, qui signifie Big Beautiful Women et qui prouve notamment que les femmes grosses sont désirées. De plus, on peut différencier plusieurs catégories de désirs du corps gros, qui incluent les désirs rendus tabous par la société. Ces trois catégories sont des sous-catégories qu’on pourrait placer sous l’étiquette « fat admirers » qui englobent toutes les personnes qui sont attirées par les personnes rondes et grosses.

  • Ce qu’on appelle le « feederism », qui est défini par les chercheurs Lesley Terry et Paul Vasey, dans Feederism: An Exageration of a Normative Mate Selection Preference?, par « le feederism est une subculture de la fétichisation de la grosseur dans laquelle les individus trouvent érotique le fait de prendre du poids et de se nourrir. Les feeders sont les individus qui revendiquent être excités par le fait de nourrir leurs partenaires et en les encourageant à prendre du poids. A l’inverse, les feedees sont les  individus qui revendiquent être excités par le fait de manger, d’être nourris, et le fait ou l’idée de prendre du poids. »
  • Ce qu’on définit par « chubby chasers » ce sont les fat admirers qui sont impliqués dans la communauté des hommes gros. Ce terme s’applique principalement pour les hommes gays et gros. Nous ne nous pencherons donc pas plus sur cette catégorie, ici.
  • On peut également établir la catégorie « hogging » qui a été définie et étudiée par Ariane Prohaska et Jeanine Gailey dans « Achieving masculinity through sexual predation: the case of hogging » qu’on peut retrouver dans Journal of Gender Studies. Le hogging est « une pratique où les hommes recherchent des femmes qu’ils jugent peu attrayantes ou grosses à des fins sexuelles ». Les chercheuses expliquent aussi que « les hommes cherchent à atteindre la masculinité hégémonique par le « hogging », un comportement qui implique que les hommes recherchent des femmes grosses pour des relations sexuelles pouvant être considérées comme des exploits sportifs. ». On pourrait se demander si cette pratique pourrait être un moyen pour les hommes d’exprimer leurs désirs pour les femmes grosses, tout en masquant ce désir sous l’excuse du hogging afin de se protéger eux-mêmes du regard des autres?

Cette étiquette de « fat admirers » sous-entendrait que le désir pour les personnes grosses est uniquement compris par le biais de la fétichisation. Mais est-ce le seul moyen que nous aurions pour envisager que les personnes grosses puissent être désirées ? Est-ce que ce genre d’attraction pour les personnes grosses est tellement taboue, tellement en dehors des normes, tellement déviante, que le seul moyen possible pour l’attirance envers les personnes grosses soit de s’exprimer au travers du prisme de la fétichisation ?

La distinction entre attraction et fétichisme est complexe. Je pense que le fétichisme peut être défini par le fait d’adorer un caractère défini (par exemple, ici, la grosseur) et non pas la personne qu’il y a derrière. Est-ce qu’un fétichiste aimerait toujours sa partenaire, si celle-ci, par exemple, perdrait soudainement du poids ? Selon le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales), le fétichisme sexuel est, selon la psychanalyse, « une perversion sexuelle, généralement masculine, dans laquelle l’apparition et la satisfaction des désirs sexuels sont conditionnées par la vue ou le contact d’un objet, ou d’une partie du corps. ». A partir de cette définition, peut-on réellement considérer que tous les FA (fat admirers) sont des fétichistes du corps gros ?

L’attraction des hommes pour les femmes grosses est souvent rendue taboue parce que nous sommes dans une société qui montre beaucoup d’animosité envers les personnes grosses. En effet, si la grosseur est perçue comme non féminine, indésirable et dégoûtante, peut-être que ceux qui trouvent les femmes grosses attrayantes préfèrent se diriger vers des pratiques perçues comme bizarres ou dysfonctionnelles afin d’éviter le regard réprobateur des autres.

Si le corps gros est tabou, il est normal que le désir des corps gros soit lui aussi rendu tabou et donc vu sous le prisme de la fétichisation. Il existe des fétichiste des corps gros, mais je ne pense pas qu’il faille classer toutes les personnes attirées par des gens ronds et gros dans la catégorie fétichistes.

Toutefois, je pense qu’il existe tout de même une catégorie de « fat admirers » qui peuvent faire du mal autour d’eux, ce sont ceux qu’on pourrait catégoriser de « fat admirers » refoulés. Ceux-ci, selon Gailey et Prohaska, « n’emmèneraient pas une femme grosse en public avec eux et donneraient l’excuse que les femmes grosses sont plus faciles à séduire que les femmes qui sont dans les normes de beauté ». Ces excuses et ces comportements sont des comportements qui viennent de la grossophobie intériorisée, et il est important et nécessaire de se déconstruire, je pense, si on souhaite côtoyer des personnes grosses.

Qu’en est-il réellement ?

Nathalie BAJOS, chercheuse à l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) a mené une étude statistique en 2006 sur le rapport entre la sexualité et l’obésité (Sexuality and obesity, a gender perspective : results from French national random probability survey of sexual behaviours, publiée en 2010), et nous nous servirons de ses résultats afin de savoir véritablement ce qu’il en est.

L’étude utilise l’IMC afin d’établir des statistiques concernant la sexualité des personnes et en fonction du poids. Le calcul de l’IMC se fait en divisant le poids (en Kg) par le carré de la taille (m). Toutefois, l’IMC est un outil vraiment controversé puisque dans son calcul il ne prend pas en compte ni la densité osseuse, ni la masse musculaire. Mais ici, par facilité on gardera cette classification qui a été utilisée. Quatre catégories ont été établies : sous-poids (IMC en dessous de 18,5), poids « normal » (IMC entre 18,5 et 25), surpoids (IMC entre 25 et 30) et obésité (IMC au dessus de 30).

Selon l’étude, les femmes obèses ont 30% de chance en moins que les autres femmes de rencontrer un partenaire sexuel. « En termes de satisfaction et de fréquence des rapports, tout est pareil entre personnes obèses et non obèses. En revanche, l’importance de la sexualité dans la vie personnelle est minorée chez les femmes obèses. » (BAJOS, 2010).  Ces chiffres peuvent être expliqués, selon moi, par le fait que le désir sexuel est en lien avec les normes de beauté. Nous sommes conditionnés à trouver beau ou moche, désirable ou pas désirable certaines choses, certains types de corps, certaines personnes ou certaines caractéristiques. On peut se demander si les femmes obèses apporteraient moins d’importance au sexe dans leur vie parce que nous avons plus déconstruit nos visions de la sexualité, ou plutôt parce que nous aurions moins de chance de rencontrer un partenaire sexuel et compterions alors sur autre chose pour être heureuses dans la vie ?

Les femmes obèses ont autant de chance que les femmes au poids « normal » de vivre avec un partenaire sexuel régulier mais ont significativement moins de partenaires sexuels occasionnels. Les résultats de l’étude ont montré qu’il n’y avait pas d’association possible entre obésité ou surpoids et avoir un partenaire sexuel dans les 12 mois précédents. Toutefois, la probabilité de déclarer plus d’un partenaire sexuel au cours des 12 derniers mois diminue avec l’augmentation de l’IMC. Les femmes obèses âgées de 18 à 29 ans sont trois fois plus susceptibles de déclarer avoir rencontré un partenaire sexuel sur Internet que celles ayant un poids « normal ». En tant que femmes grosses, selon cette étude, nous rencontrons alors plus de difficultés à rencontrer de nouveaux partenaires et nous avons plus recourt aux rencontres en ligne. Ces chiffres vont toujours dans le sens de l’importance de déconstruire les idées reçues, les préjugés afin de cesser de laisser de côté les femmes grosses dans la sexualité, et ne plus nous considérer comme des trophées, des challenges ou des objets de fétichisme. Les femmes grosses, sont comme toutes les femmes, comme tous les individus sur terre : nous avons des désir, des envies, une vie sexuelle où s’épanouir et il est important de nous inclure dans la course à la sexualité parce que nous sommes simplement comme tout le monde mais nous subissons les idées reçues et les préjugés qui contribuent à nous mettre de côté dans tous les domaines de la vie privée et public, et notamment dans le domaine de la sexualité. Nous sommes hors-normes, dans le sens où ne nous correspondons pas aux normes de beauté, mais nous restons des femmes, tout ce qu’il y a de plus commun.

Selon Nathalie BAJOS, dans son enquête, les chances de déclarer une grossesse non désirée sont 4 fois plus élevées chez les femmes obèses de moins de 30 ans que chez les femmes de poids « normal » de la même catégorie d’âge. Les femmes obèses sont également moins susceptibles d’avoir vu un médecin pour une contraception au cours des 12 derniers mois. On peut faire le lien entre ces probabilités et la grossophobie médicale que les femmes grosses peuvent subir. En effet, les médecins et les gynécologues sont capables de faire preuve d’un certain mépris. On peut lire de nombreux témoignages sur internet, de personnes grosses dénonçant les violences médicales (physiques mais aussi morales) qu’elles ont pu subir. Certains de ces témoignages concernent des consultations gynécologiques à des fins contraceptives. De nombreux gynécologues refusent de délivrer la pilule aux femmes grosses puisqu’à leurs yeux, nous ne pouvons pas avoir de vie sexuelle.

Nathalie BAJOS conclue son enquête en disant « La stigmatisation est tellement forte pour les femmes obèses qu’il est logique qu’elles soient pénalisées aussi dans leur sexualité, et par exemple qu’elles rencontrent des difficultés à trouver un partenaire ».

Sources

BAJOS Nathalie, Sexuality and obesity, a gender perspective : results from French national random probability survey of sexual behaviours, 2010, disponible ici

Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, « définition de fétichisme », CNRTL.fr, disponible ici

CLAVREUL Laetitia, « L’obésité a un impact sur la sexualité des femmes », 2010 LeMonde.fr, disponible ici

Clickndress, Etude menée sur sur la base de données déclaratives collectées sur les différents services web Clickndress, 2016

KOZLOWSKI MaryAnn, Fat Girls: Sexuality, Transgression, and Fatness in Popular Culture, 2018, disponible ici

NAZARET Arthur, « Alors, obèse ? », Slate.fr, 2010, disponible ici

PROHASKA Arianne et GAILEY Jeannine, « Achieving masculinity through sexual predation: the case of hogging », Journal of Gender Studies, 2010, disponible ici

SHAW Andrea Elizabeth, The Embodiment of Disobedience: Fat Black Women’s Unruly Political Bodies, 2006, disponible ici

TERRY Lesley et VASEY Paul, Feederism: An Exaggeration of a Normative Mate Selection Preference?, 2012, disponible ici

Pour aller plus loin

Too Fat For Love est un documentaire britannique réalisé par Emma Tamsin Hill, une influenceuse grande taille. Elle explore le monde de l’amour et du sexe grande-taille en allant à la rencontre de différentes personnes. Disponible uniquement en anglais sous-titré anglais.

La grosse vie de Marie est un documentaire réalisé par Marie de Brauer et sorti sur France·tv le 19 mai dernier. Il aborde différents thèmes liés à la grossophobie et notamment la question de la sexualité. Le film complet est disponible ici.

Pour en savoir plus sur la virginité considérée comme un concept dépassé et patriarcal je vous renvoie vers cet article, publié sur Urbania.fr, et écrit par Mélodie Nelson en 2019 : « Le mythe de la virginité nuit à tout le monde ».

Pour en savoir plus sur l’IMC comme outils controversé je vous redirige vers cet article de Slate.fr, écrit par Jeremy Singer-Vine en 2009 : « L’Indice de Masse Corporelle est une mesure obsolète de l’obésité ».

Pour en savoir plus sur l’étude réalisée par Clickndress en 2016, je vous renvoie vers différents articles :

  • Femme Actuelle, « Vêtements : quelles sont les mensurations des françaises ? », ici
  •  Le Parisien, « Mais quelle taille de vêtements fait-on réellement ? », ici
  • Fashion Network, « 40% des françaises font une taille 44 et plus », ici

Le média The Body Optimist a mené, en octobre 2018, une étude sur la mode, auprès d’environ 5000 femmes s’habillant de la taille 38 à la taille 70, qui indique que 80% des femmes s’habillant en taille 42  et plus se sentent discriminées. Disponible ici.

Je peux également vous renvoyer vers Gros n’est pas un gros mot, de Daria Marx et Eva Perez-Bello, ouvrage que je considère comme un ouvrage de référence dans le milieu de la lutte anti-grossophobie. Il est accessible tant au niveau de l’écriture qu’au niveau du prix, et je vous en parlais ici. Le livre dédie plusieurs chapitres sur le sujet de la sexualité, je vous conseille vivement, si vous le pouvez de lire le chapitre 15 « La contraception » et le chapitre 17 « Le corps gros : entre fantasme et rejet ».

Pour aller plus loin sur le sujet de la contraception des femmes grosses, je vous renvoie également vers le mémoire de Juliette Pommier, La contraception chez la femme obèse, paru en 2015.

Et je vais clôturer cet article par une citation de Marianne Kirby, une fat activist anglophone, dans « Go on ahead and call me fat, it’s true » paru en 2013 :

« Fat means ‘having a lot of adipose tissue’. There are no other words that mean precisely those things in precisely those ways. Seriously, no fat person is fluffy. Cats are fluffy… my body is fat. Because our American culture (and plenty of other cultures too) seems to be so afraid of fatness, we’re also developping a fear of the word itself. I hear people use the more medicalized ‘obese’ like they have any idea what it really means, and I have to laugh. (‘I feel so obese right now’. What does that even MEAN ?) »

Traduction (approximative) : « Gros signifie « avoir beaucoup de tissu adipeux ». Il n’y a pas d’autres mots qui signifie précisément ça dans ces termes exacts. Sérieusement, aucune personne grosse n’est duveteuse. Les chats sont duveteux… mon corps est gros. Parce que notre culture Américaine (et beaucoup d’autres cultures aussi) semble tellement effrayée par la grosseur, nous développons également une peur du mot lui-même. J’entends des gens utiliser le mot, plus médicalisé, ‘obese’ comme si ils avaient vraiment une idée ce que ça signifie réellement, et ça me fait rire. (‘Je me sens si obèse tout de suite’. Qu’est ce que ça signifie VRAIMENT ?) ». 


Mille mercis à Justine, des Chroniques de Justine, d’avoir relu cet article et d’y avoir apporté ses commentaires avisés et réfléchis.

Merci à toutes les autres relectrices de m’avoir aidé et conforté.

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